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Regards croisés sur la charte Plages sans déchet plastique

Crédit : Commune de Lacanau

Les communes de Pornic, Merlimont, Carnac et Lacanau sont engagées dans la lutte contre la pollution plastique sur le littoral. Signataires de la charte Plages sans déchet plastique, elles partagent leur engagement, leurs bonnes pratiques, et les résultats observés sur leurs plages et parmi leurs concitoyens depuis l’adoption de la charte.

Entretien croisé avec :

  • Olivier Buquen, conseiller municipal délégué à l’environnement, au développement durable et au patrimoine classé à Carnac ;
  • Eléonore Geneau, chargée de mission littoral et développement durable à Lacanau ;
  • Brigitte Diericx, adjointe spéciale Environnement à Pornic ;
  • Sandra Castelan, adjointe à la culture, au patrimoine et au développement durable à Merlimont.

Votre commune s’est engagée avec la charte Plages sans déchet plastique. Pourquoi ?

Olivier Buquen (Carnac) - Les amoureux de Carnac, habitants à l’année ou visiteurs occasionnels, doivent pouvoir évoluer dans un cadre authentique et préservé : c’est essentiel pour une station balnéaire et un site mégalithique connus dans le monde entier. Les 4 kilomètres de plages de la commune sont très fréquentés. Il est fondamental qu’elles soient propres et accueillantes, et ne soient pas le vecteur d’une pollution des eaux de mer : les activités ostréicoles en dépendent. Nous engager dans le cadre de la charte était une évidence et l’objectif est clair, tendre vers le 0 plastique à usage unique, 0 déchet. 

Eléonore Geneau (Lacanau) - Renommée pour ses plages, et déjà très engagée sur l’érosion et l’environnement, Lacanau a décidé de signer la charte Plages sans déchet plastique pour en faire un moteur de travail à la source, et impulser sa démarche d’achats écoresponsables naissante. La médiatisation des collectes de déchets sur les plages, avec de nombreuses initiatives citoyennes, sont également une formidable opportunité d’interroger l’origine de nos déchets et les pollutions marines, et de mettre sur la table les alternatives – existantes ou à créer, en valorisant l’économie circulaire et les productions locales.

Brigitte Diericx (Pornic) - Pornic s’est impliquée très tôt dans les démarches de contrôle de qualité des eaux de baignades (pavillon bleu, certification de surveillance des eaux de baignade ISO 14001). Dès 2009, elle s’est portée volontaire pour accueillir le Grenelle de la Mer et a mis en avant ses pratiques exemplaires en matière de tri sélectif des laisses de mer. C’est donc naturellement qu’elle s’est engagée avec la charte Plages sans déchet plastique, dont les exigences s’ajustent à ses préoccupations constantes de station balnéaire au patrimoine riche et diversifié.

Sandra Castelan (Merlimont) - En tant que commune littorale dont 80 % du territoire sont constitués d’espaces naturels que nous tenons à préserver, s’engager dans la charte Plages sans déchet plastique a semblé une évidence pour la commune de Merlimont, pour contribuer à réduire les déchets se déversant dans l’océan.

Prévention, sensibilisation, nettoyage : quelles sont les bonnes pratiques que vous avez mises en place ?

Olivier Buquen (Carnac) - Nous avons choisi d’agir à la fois sur les plages et en amont. Un criblage des plages est opéré de manière raisonnée et dans le respect de l’équilibre écologique et sédimentaire. La végétalisation se renforce, améliore la biodiversité et consolide le cordon dunaire de la grande plage. Des bacs à marées* sont installés à l’entrée des plages, une signalisation et des opérations de communication ont été mises en place rappelant les bons gestes à tenir, ainsi qu’une démarche en amont avec les commerçants pour réduire les déchets plastiques.

* Contenants dans lesquels les promeneurs vont pouvoir jeter les déchets qu’ils auront ramassés sur la plage. 

Eléonore Geneau (Lacanau) - Lacanau met en place plusieurs initiatives de sensibilisation pour toucher différents publics, comme l’installation d’œuvres d’art pour dénoncer les pollutions plastiques, la collecte de mégots pour un recyclage avec EcoMégot ou encore l’accompagnement des écoles dans la mise en place du tri sélectif. De longue date, la commune pratique un nettoyage raisonné de ses plages, en préservant la laisse de mer. Elle accompagne les collectes de déchets citoyennes et réfléchit à une valorisation des déchets collectés. Côté prévention, nous encourageons notamment l’utilisation de gourdes. C’est le domaine d’action à faire progresser !

Brigitte Diericx (Pornic) - Une opération de sensibilisation du grand public a été organisée par le Conseil municipal des enfants, avec ramassage de déchets…en ville. Cette démarche a été prolongée par la pose de plaques « Ici commence la mer » et par une large campagne de communication: articles de presse, magazine municipal, site internet, réseaux sociaux, affiches format abri-bus… Nous avons également fabriqué et installé des bacs à marée et mis en œuvre des points de tri sélectif sur chacune des 12 plages de Pornic. L’utilisation d’éco-cups avec consigne lors des manifestations se déroulant sur les plages organisées par la Ville ou d’autres acteurs, est devenue la règle. 

Sandra Castelan (Merlimont) - Nous avons installé des bacs à marée sur la digue, ainsi que des panneaux d’information ciblant en particulier les mégots. Afin de réduire l’utilisation de bouteilles en plastique, chaque écolier reçoit une gourde. Des communications régulières paraissent sur le compte Facebook de la commune et notre magazine municipal. Par ailleurs, nous utilisons des éco-cups lors de nos évènements et privilégions le bois dans nos aménagements urbains. Nous nettoyons également notre plage manuellement et avons organisé 6 opérations de nettoyage citoyen en 2020. Trois containers connectés de tri à compactage solaire équipent désormais notre digue, ce qui permet de réduire la fréquence de ramassage des déchets.

Concrètement, avez-vous rencontré des difficultés pour mettre en œuvre vos engagements ?

Olivier Buquen (Carnac) - Le plastique est devenu omniprésent depuis des décennies. S’en passer impose des efforts de la part de tous, et globalement chacun le comprend. Mais il est nécessaire et essentiel de poursuivre le travail de sensibilisation et de conviction de nos concitoyens, à la fois pour trouver des solutions alternatives au plastique chez les « producteurs » de déchets, et pour inciter les consommateurs à favoriser d’autres matériaux, et à ne pas jeter leurs déchets plastiques sur nos plages. Les mentalités évoluent plus vite qu’on ne le pense, mais le travail de persuasion s’inscrit dans la durée.

Eléonore Geneau (Lacanau) - L’enjeu pour notre commune est non seulement d’accompagner le changement des pratiques des habitants, mais aussi des touristes, qui peuvent avoir des motivations différentes. Le second enjeu consiste à enclencher d’ici 2023, date à laquelle Lacanau souhaite atteindre le 3e palier d’engagement de la charte, une collaboration étroite avec les acteurs économiques pour favoriser la réduction à la source. La pandémie actuelle a été marquée par une croissance exponentielle des déchets (notamment « à emporter »), à commencer par les masques chirurgicaux. La loi est encore timide sur les produits à usage unique, et les alternatives ont souvent des incidences financières non négligeables, voire logistiques (stockage, approvisionnement…).

Brigitte Diericx (Pornic) - Récemment, en lien avec la crise sanitaire liée à la pandémie Covid-19, nous avons observé un afflux de masques chirurgicaux non recyclables sur l’ensemble du territoire communal, y compris les plages. L’essor de la vente de repas à emporter a également fait apparaitre un nombre important de nouveaux conditionnements en carton, plus importants et plus résistants et a fortement impacté le volume de déchets produits.

Sandra Castelan (Merlimont) - Dans le contexte sanitaire actuel, le volet « zéro plastique dans les cahiers des charges des évènements » n’a malheureusement pu avancer que très partiellement.

Quels résultats avez-vous observés dans votre commune ? 

Olivier Buquen (Carnac) - Nous constatons une vraie de prise de conscience. Ainsi, nos commerçants s’intéressent de plus en plus au sujet : nous travaillons avec eux pour réduire le volume d’emballages plastiques dans la vente à emporter, et favoriser l’utilisation de couverts en bois par exemple. Même chose avec les agents immobiliers, qui accueillent des milliers de locataires toute l’année, et particulièrement pendant la saison touristique. Nous recevons de nombreux témoignages de satisfaction de la part de nos visiteurs. Au final, ça bouge et nous comptons bien accélérer dans les années à venir !

Eléonore Geneau (Lacanau) - La période actuelle est charnière, c’est celle du changement des pratiques où les résultats peuvent être encore contrastés, mais la prise de conscience, voire la demande d’action envers la collectivité, est déjà certaine. Nos plages sont déjà exemptes de poubelles, les œuvres d’art leur succèdent dans le paysage. La collectivité est de mieux en mieux identifiée auprès des différents acteurs comme motrice sur le développement durable. La commune poursuit la mise en place du tri dans tous ses bâtiments, administratifs, scolaires, sportifs, sociaux, techniques, ce qui marque une vraie avancée pour les agents et le public accueilli.

Brigitte Diericx (Pornic) - La population se sent de plus en plus concernée, nous observons la multiplication d’opérations de nettoyage de plages, tant à l’initiative d’associations que de personnes privées. C’est manifestement une préoccupation de plus en plus partagée. La forte sensibilisation du public se traduit par une accélération de la circulation de l’information, les services municipaux sont donc alertés de plus en plus tôt et se sont mis en capacité d’adapter leur pratique d’intervention.

Sandra Castelan (Merlimont) - Les différents confinements sont susceptibles de fausser les résultats sur la quantité de déchets, mais nous constatons globalement une bonne adhésion du public : bonne participation aux opérations de nettoyage, excellente qualité de tri dans nos corbeilles, utilisation spontanée des bacs à marée… Nous devons poursuivre nos efforts sur les mégots, et nous envisageons notamment d’installer des corbeilles de tri avec cendriers incorporés.